Chartres, La Madeleine. Il faut vivre avec son temps, nous dit-on. Ce temps des promoteurs immobiliers qui succède au temps de l'abandon : c'est ça la méthode gorgienne. Ici, le temps ne suit plus son cours depuis belle lurette, les commerces disparaissent comme les services de proximité. Les logements sociaux sont à peine rafraîchis d'après la règle de celui ou de celle qui râle le plus fort. Seuls un ou deux commerces, une Maison Pour Tous et quelques associations subsistent et portent à bout de bras un peu de vie de quartier. Les anciens disent qu'au bon vieux temps on s'épanouissait ici.

Jean-Pierre Gorges vous fait croire, à la veille des élections qu'il aime et adore les familles ; la vérité est qu'il ne les aime pas toutes. Il les aime comme il aime les arbres : il faut qu'elles aient une valeur et une place dans l'économie pour avoir quelconque intérêt.

Alors, aujourd'hui, c'est un hectare d'espace vert parti en béton au seul profit des promoteurs immobiliers, ce même espace vert où les gamins jouaient au foot. Maintenant, ils doivent traverser la route pour taper la balle dans des cages exiguës. Maintenant, il leur faudra traverser la ville pour trouver de l'ombre sous un arbre. Maintenant, il faudra au boulanger du quartier trouver un job ailleurs.

Oui, car ne croyez pas que les promesses de "relocalisation locale" soient d'honnêtes promesses, les habitants et commerçants de Beaulieu ont vu leur avenir délocalisé faute de moyens, et ce n'est pas le boulanger du coin qui pourra dans les mêmes conditions s'offrir une échoppe aux effluves de béton frais. Ce sera un magnat du business qui prendra le relais, un Cyril Avert qui a le poids pour fasciner et causer avec les élus.

Le béton, aussi frais, soit-il ; aussi modique soit-il, ne solutionnera pas les problèmes d'un quartier où l'on a perdu l'habitude de s'y plaire, de discuter avec son voisin ou sa voisine, de s'entraider, d'y produire des projets en commun.

Mes pensées vont à cette famille que j'ai rencontrée et qui emmenait ses deux enfants pique-niquer aux beaux jours sous les arbres maintenant disparus. Elle avait déménagé pour profiter de cet espace. Amère doit être leur déception aujourd'hui.

Voter dimanche pour Jean-Pierre Gorges, c'est assurément balafrer notre avenir, et saborder ce qu'il en reste.

Allan Meule