Lors de la séance du Conseil communautaire du 28 janvier, les élus de Chartres écologie sont intervenus lors du débat sur le Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) afin de rappeler la vulnérabilité du territoire en lien avec les changements climatiques, en matière de risques naturels (inondations, sécheresses), de risques de pénurie d’eau potable, d’îlots de chaleurs urbains, et de qualité de l’air dégradée à Chartres et dans l’agglomération.

Ces éléments de l’accélération de la vulnérabilité sont étayés dans le document riche de plus de 600 pages. L’avis du Préfet de Région mentionne les mêmes vulnérabilités dans ce PCAET, notamment en termes de réponse face aux enjeux en matière de qualité et quantité d’approvisionnement en eau potable, en risques de dégradation de la qualité de l’air lié aux déplacements routiers également. Le Préfet a également ciblé des approximations et incohérences en matière de choix de certains grands équipements.

Face à ce constat, les élus de Chartres écologie ont critiqué le manque d’ambition du plan d’actions du PCAET de Chartres métropole, alors qu’il y a urgence à agir. Lors du débat, l’élu écologiste Quentin Guillemain (QG) a soulevé les contradictions de projet, et les propositions d’actions. Jean-Pierre Gorges (JPG) lui a alors répondu sur un ton condescendant et cousu de contre-vérités. Des propos effrayants pour l’avenir de notre territoire. Explications :

QG : « Le projet autoroutier de l’A154, est à contrecourant des objectifs portés par le PCAET. Ce projet fracturera notre territoire et augmentera fortement la pression en matière de biodiversité. La création d’une nouvelle autoroute se traduirait également par une forte dégradation de la qualité de l’air déjà très impactée sur Chartres par l’actuelle autoroute A11. » Qu’en sera-t-il de l’effet sur la santé humaine ?

JPG : « L’autoroute, c’est pour le contournement Est de l’agglomération, pour enlever le trafic de transit qui est sur la rocade tous les jours, qui bloque tout, des camions qui tournent, qui font une pollution. En enlevant ce trafic-là, vous contribuez à une baisse de consommation d’énergie et de pollution. Et pour les petits animaux, il y a des franchissements pour toutes les variétés, c’est dans les cahiers des charges. Vous racontez des choses qui…pfff ! […] c’est affolant ce que vous pouvez raconter. Vous voulez faire de la politique comme ça, ça s’appelle du terrorisme écologique ».

Pourquoi c’est FAUX

L’étude d’impact (DREAL Centre Val-de-Loire 2016) cible les impacts en termes d’émissions de gaz à effet de serre, de polluants atmosphériques et de nuisances sonores, en partie réduits sur certains tronçons actuels de la RN 154, mais accrus sur les sections déjà aménagées, compte tenu des élargissements de certains tronçons et des augmentations de trafic et de vitesse induits par le projet.
« Dans l’hypothèse d’une prévision de renouvellement du parc automobile entre 2010 et 2042 et ce, malgré l’augmentation du kilométrage parcouru (+32 %), la réalisation du projet de mise en concession autoroutière de la RN 154 et RN 12, à l’horizon 2042, n’aura pas d’impact significatif sur la qualité de l’air à l’échelle du domaine d’étude.
« Compte tenu des croissances de trafics attendues, la congestion actuellement observée sur la N154 et notamment autour des agglomérations principales devrait en toute logique augmenter (augmentation de deux sortes : les temps de parcours seront plus fortement pénalisés et les durées de congestion seront étendues). » L’étude d’impact indique donc que les embouteillages seront encore plus importants autour des agglomérations de Chartres et Dreux.
« Le risque de destruction d’habitats naturels de reproduction, d’alimentation ou de repos concerne l’ensemble des espèces patrimoniales qui fréquentent les abords du tracé. Il existe un risque de destruction directe des individus lors des travaux, notamment lors des défrichements et des terrassements. Ce risque concerne en particulier les espèces peu mobiles et celles qualifiées de pionnières et susceptibles de s’installer sur le chantier. Le risque de destruction des animaux par collision est également important : en exploitation, l’impact est surtout lié à la mortalité routière »
« Concernant les grands mammifères, le projet constitue un obstacle significatif à leur déplacement en participant à la fragmentation des milieux, et donc à la rupture de corridors écologiques. Ils sont présents sur la quasi-totalité de la zone d’étude ».

QG : Un autre exemple est assez révélateur de ce manque de stratégie ou d’ambition en matière énergétique. « L’implantation de l’un des plus grands Data Center nationaux, à Mainvilliers (ce type d’équipement nécessite une énergie colossale pour refroidir les serveurs informatiques) aurait pu être l’occasion de réfléchir à la récupération et l’utilisation de cette chaleur, comme cela est fait dans plusieurs territoires » qui récupèrent les calories pour chauffer une partie de la Ville. Cette réflexion aurait pu présider à son emplacement, à proximité d’un réseau de chaleur.

JPG : « Vous êtes trop jeune pour comprendre. Vous venez ici pour nous faire un procès, mais de quel droit ? Vous ne savez même pas ce qu’il se passe ici […] Se connecter à un data center… Mais jamais on ne se connectera à un réseau de chaleur, par sécurité du système lui-même, il ne faut pas se connecter à un système externe qu’on ne maîtrise pas. C’est stupide ce que vous venez de dire ! Sinon, ce n’est plus un data center. Ça montre que vous avez une méconnaissance des principes physiques ou chimiques. Vous lisez des choses, mais vous ne comprenez même pas ce que vous dites. »

Pourquoi c’est FAUX

La récupération et la valorisation de la chaleur fatale (énergie perdue dans un process, qui peut être récupérée et valorisée) des data centers est un enjeu déterminant dans la stratégie d’économie d’énergie française. Le ministère de la transition écologique, l’ADEME, EDF, ainsi que de nombreux rapports techniques mettent en avant la hausse exponentielle de l’installation des data centers en France (environ 200 à ce jour), et le caractère particulièrement énergivore du refroidissement des systèmes de stockage de données informatiques. Energie qu’il est possible de réutiliser. Des data centers sont déjà connectés à des réseaux de chaleur notamment en France et en Europe, et de nombreux projets sont à l’étude dans plusieurs villes et agglomérations en accompagnant des créations nouvelles de tels équipements. Ils permettent de chauffer des quartiers résidentiels, des équipements publics tels des piscines, ou encore des entreprises, par simple utilisation de la chaleur émise valorisée.

https://www.leparisien.fr/environnement/transition-connectee/demain-tous-chauffes-par-des-data-centers-04-03-2019-8024346.php

Plus globalement, la politique des grands projets, reste très dépensières en argent public, mais aussi en ressources et en énergie. Les prétendues « opérations modèles » à l’image de l’Odyssée ou du futur hypothétique hôtel de ville et d’agglo, prétendument peu dispendieux en énergie, visent à mieux masquer l’abandon de l’entretien des gymnases ou écoles que l’on surchauffe ou que l’on refroidit (l’école Henri IV, plus grand groupe scolaire de Chartres construit sous Gorges, est climatisée !) du fait d’une isolation totalement obsolète ou d’erreurs de conception. Améliorer l’existant permettrait d’autres formes d’investissements, bien plus créateurs d’emplois pour nos entreprises, des emplois locaux, et non des grands groupes du BTP pour les grands équipements !

JPG : « Une usine biomasse, vous savez combien ça coûte ? 60 millions d’euros. Vous croyez que ce sont des investissements faciles à faire ? C’est d’une fragilité de fonctionnement…On le voit bien. On est obligé de garder à côté un système à gaz pour les périodes où ça ne marche pas […]. Vous pensez qu’on vous a attendu ? Ce sont des investissements lourds qu’il faut porter pendant des décennies. Il faut faire attention, c’est d’une dangerosité… Et d’ailleurs, on vient de démarrer, on s’aperçoit qu’entre l’appartement témoin et la réalité : on est dans une fragilité totale. Il y a des gens qui parlent, et il y a des gens qui font ! Allez visiter ce que l’on fait. L’usine biomasse, on est les seuls à avoir ça.

Pourquoi c’est FAUX

Avec sa nouvelle centrale biomasse développant une puissance de 25 MW, Chartres Métropole est loin d’être précurseur en la matière. Plusieurs centrales biomasse existent déjà en Région Centre Val de Loire, comme à Orléans avec deux centrales de 25 et 37 MW, respectivement réalisées en 2012 et 2015, produisant de l’énergie alimentant le réseau de chaleur et de l’électricité. Trois centrales biomasse sont en service dans l’agglomération tourangelle, dont la dernière (41 MW) a été livrée en 2019. C’est le cas aussi de très longue date à Blois (18 MW), etc.
Plutôt qu’une usine biomasse, il aurait mieux valu investir les 60 millions d’euros dans l’isolation thermique des logements de la Madeleine, et cesser de chauffer le bassin extérieur de l’Odyssée en plein hiver. Maintenir de gros besoins énergétiques, même avec la biomasse, est une aberration. 60 000 tonnes de combustibles sont nécessaires chaque année pour le fonctionnement de cette centrale biomasse à Chartres, c’est des 2 000 poids-lourds tous les ans pour apporter le combustible sur place. De plus petits besoins pourraient être couverts par la valorisation des déchets produits localement (élagages, déchets de bois collectés en déchetterie).
Le bois piège le CO2 lors de sa croissance. Il vaut mieux le laisser captif dans les isolants réalisés avec ses fibres (comme avec la paille) plutôt que le brûler pour chauffer des logements mal isolés (passoires thermiques), ou permettre des usages extrêmement énergivores (comme chauffer 2 500 m3 d’eau d’un nouveau bassin olympique extérieur en plein hiver).

D’autres points évoqués par Quentin Guillemain n’ont même pas fait l’objet de réponse.

QG : « En matière de déplacement, la promesse de réalisation de la ligne ferroviaire Chartres-Orléans est à l’arrêt ». Pourtant portée par les mêmes élus, et par la Région Centre Val-de-Loire, ce projet qui devait voir le jour en 2023 est aux oubliettes ! La réalisation du pôle multimodal de la gare est ainsi dépourvue d’une branche majeure qui devait relier la capitale beauceronne à la capitale régionale, irrigant avec elle les territoires périphériques.
• Aucune réponse apportée sur ce point.

QG : « L’action consistant à mettre en place deux axes forts d’un bus à haut niveau de service (BHNS) a déjà pris plusieurs années de retard et ne sera pas réalisée lors des trois prochaines années puisqu’il n’y a pas de financement prévu », alors que les transports publics ne concentrent que 5 % de part de marché, totalement dépassés par la voiture reine. À la traîne dans ce domaine comparativement à des agglomérations de poids similaire, le bus n’attire pas faute d’offre vraiment qualitative. Le développement du BHNS était prévu « à court terme » dans le Plan de déplacement urbains (PDU) de 2014. Sept ans après, le centre commercial de la ZAC du plateau nord-est ne se fera pas, l’investisseur s’étant totalement retiré de ce projet rétrograde, et aucun BHNS ne circule dans l’agglo.
• Aucune réponse apportée sur ce point.

« Nous, élus de Chartres écologie, considérant que ce plan climat est incomplet et insuffisamment ambitieux au regard des enjeux relevés, et étant donné que les politiques mises en œuvre sur le territoire contredisent l’esprit de ce document. Nous nous abstiendrons. »

Les élus de Chartres écologie
Quentin Guillemain, Brigitte Cottereau, Jean-François Bridet, Olivier Maupu