Amine Kessaci, Marseille, essuie tes larmes, éditions Le bruit du monde, octobre 2025, 210 pages, 20 euros.

Brûlé dans une voiture, c’est ainsi qu’est mort Brahim, le frère aîné d’Amine. En attendant le procès de ceux qui l’on tué, Amine lui écrit une longue lettre posthume d’amour de révolte et pleine de réflexions sur les causes profondes de ce drame. En novembre 2025, son petit frère Mehdi est tué par balles alors qu’un mois avant venait de paraître cet ouvrage entièrement dédié à la lutte contre le narcotrafic. Sans doute un acte d’intimidation.

Cet essai bouleversant rend un hommage appuyé à sa mère, femme pleine d’affection d’énergie et de courage. Il parle également de son père algérien venu travailler en France, qui a trimé toute une vie sans jamais un merci et pour finalement ressentir une profonde humiliation. Pour soutenir ces familles en deuil de Marseille, Amine a fondé une association dénommée : « Conscience »

Mais la force de cet essai réside dans son analyse de l’origine du narcotrafic. D’une part, il constate une certaine valorisation de l’image des narcos au cinéma ou aux informations avec les exploits d’El Chapo ou de Pablo Escobar, mais Amine développe un solide argumentaire sur les causes profondes de l’usage de la drogue. Il affirme que nous vivons dans une société toxique qui entretient la précarité, qui impose ses exigences de performance, de virilité et de réussite et que la drogue est partout, considérée comme un moyen de rester debout. Le marché prospère sur le mal-être généralisé et la misère.

L’auteur accuse aussi les politiciens de notre pays de ne proposer que la répression et les caméras de surveillance quand il faudrait mettre les moyens d’une véritable prévention. Arrêter de réduire les financements aux maisons de quartier, aux centres sociaux, aux éducateurs de rues, aux associations, aux gymnases, aux bibliothèques et surtout à l’école ! Il regrette la disparition des services publics et de la police de proximité dans les cités. Partout où elles reculent, le narcotrafic s’installe.

Amine Kessaci a rejoint le combat écologique car, dit-il, il est à l’intersection de tous les autres. « On ne sauvera rien si on laisse les plus pauvres de côté, dans des logements mal isolés, près des axes routiers, dans des villes sans arbres »

Cet ouvrage mérite vraiment une très large diffusion, car il est l’oeuvre d’un jeune pleinement concerné par la peste du narcotrafic, il met le doigt où cela fait mal et propose des pistes pour en sortir avec une grande lucidité et dignité. De plus, il écrit très bien.

Denys Calu