Discours prononcé par Louis Laffaire le 9 décembre 1905. Laffaire (1861-1929) fut Grand maître du Grand Orient de France de 1903 à 1905 et de 1907 à 1909, également professeur de rhétorique à Narbonne, président du Parti radical socialiste, député (1898-1919), puis sénateur (1920-1924), ministre du Travail (1910-1911) puis de l'Instruction publique (1917-1919).
« …,Enfin ! Ce soir, à cette heure même, la Chambre des députés vient d’adopter définitivement la loi de Séparation des Églises et de l’État. L’œuvre plusieurs fois séculaire de la Franc-Maçonnerie française est accomplie. L’Église est chassée de l’État !
Après dix-neuf siècles de domination, après avoir, pendant des siècles, pesé sur les consciences, exploité les peuples, servi de complice à tous les despotismes, l’Église catholique, apostolique et romaine est enfin mise hors la loi républicaine. Elle ne touchera plus un centime de l’argent du peuple français. Ses prêtres ne seront plus les fonctionnaires salariés de l’État pour empoisonner les âmes. Ses congrégations, ces milices noires, seront dissoutes jusqu’à la dernière.
Nous avons arraché à l’Église, une à une, toutes ses conquêtes : l’école, l’hôpital, le mariage, l’état civil, les cimetières et aujourd’hui l’État lui-même.
Que les calotins hurlent, que les soutanes s’indignent, que les journaux cléricaux vocifèrent : leur règne est fini ! La République laïque a tranché dans le vif. Elle a coupé les vivres à la prêtraille. Elle a brisé le dernier lien qui rattachait encore l’État à la superstition.
… Soyons sans pitié comme la loi l’a été. L’heure n’est plus à la conciliation, à la demi-mesure, aux compromis honteux. Tant qu’il restera une congrégation non dissoute, tant qu’un crucifix pendra encore au mur d’une école ou d’un hôpital, tant qu’un budget des cultes, même déguisé, subsistera sous quelque nom que ce soit, notre tâche ne sera pas achevée.
Que l’Église rentre dans ses églises et qu’elle y reste ! L’espace public appartient à la Raison, à la Science et à la Liberté, non au dogme ni à l’obscurantisme. Soyons fiers : cette loi est, pour une large part, notre œuvre.
C’est le Grand Orient de France qui, depuis 1877, a inscrit la Séparation à son programme.
Ce sont nos Frères députés, nos Frères sénateurs, nos Frères ministres qui l’ont voulue, préparée, défendue et votée.
C’est la Franc-Maçonnerie qui a formé les esprits, qui a mené le combat dans les loges, dans la presse, dans les réunions publiques.
Ce soir, la République est enfin laïque. Demain, elle sera athée, si elle veut rester fidèle à l’esprit de 1789.
Je propose donc que la Grande Loge, au nom de toutes les Loges du Grand Orient de France, adresse ses félicitations les plus vives au président du Conseil, au rapporteur de la loi, notre Frère Aristide Briand, à tous nos Frères parlementaires qui ont mené ce combat jusqu’au bout. Et je vous invite, mes Frères, à célébrer dignement, dans vos Loges, cet événement historique :
La plus grande victoire que la Raison ait remportée sur l’Obscurantisme depuis la Révolution française. Vive la République laïque ! Vive la Franc-Maçonnerie ! Vive la Raison éternelle ! »