« On nous cache tout, on nous dit rien « chantait Jacques Dutronc. Heureusement il existe des journalistes d’investigation, tel Alexander Clapp, pour nous révéler la face cachée de l’élimination de nos déchets, fruits de l’hyper-consommation et de la surproduction des pays développés.

Ses enquêtes l’emmènent dans un véritable tour du monde. Cela commence au Guatemala où des milliers de fûts contenant des déchets toxiques et radioactifs ont été enfouis dans un lieu tenu très secret. On suit aussi le voyage rocambolesque d’une barge chargée de 13 tonnes de cendres toxiques provenant d’un incinérateur de Philadelphie, à travers les trois océans pour finalement balancer son chargement dans la mer. C’est ensuite l’Afrique qui concentre une
grande partie de l’exportation de toutes nos productions périmées : vêtements, piles, restes de poulets, voitures d’occasions, matériels électroniques démodés ...

Ces derniers sont démontés à coup de marteau pour en extraire tous les métaux
valorisables tandis que les carcasses en plastique sont brûlées sur place dégageant des fumées toxiques. Cela se passe au Ghana à Agbogbloshie où les démanteleurs
gagnent en moyenne trois dollars par jour. A propos du plastique, l’auteur y consacre plusieurs chapitres. Aux USA, les fabricants de plastique accusés de polluer ont un temps essayé de le recycler, pour verdir leur image, mais le processus s’est révélé compliqué et peu rentable donc abandonné.

A Dubaï on construit le plus grand incinérateur de déchets pour alimenter une centrale électrique qui fonctionnera à partir de bouteilles plastiques et de pots de yaourts, investissement qualifié d’« économie circulaire », alors que ce processus est évidemment très nocif pour l’environnement.

En matière de recyclage, le plus facile est celui de l’acier et notamment celui obtenu lors du démontage des vieux navires en Turquie, Inde et Pakistan. Cette activité pourtant très lucrative s’effectue dans des conditions souvent dangereuses, où les accidents mortels sont quotidiens, car sur ces chantiers, la rentabilité passe bien avant la sécurité.

Alexander Clapp a enquêté sur l’île de Java en Indonésie où deux villes se
font concurrence pour accueillir des milliers de tonnes de déchets qui sont triés par une main d’oeuvre locale qui en tire un meilleur parti que la culture du riz
traditionnelle. Tout cela se fait sous contrôle d’une mafia locale qui n’hésite pas à
menacer tout journaliste suspect et même à blesser un écologiste trop curieux.

L’auteur de cet essai affirme que les entreprises et leurs actionnaires impliqués dans ces trafics de déchets empochent de confortables profits tandis que les coûts
d’enlèvement des déchets sont payés par les contribuables.
Il conclut que :« les déchets n’ont jamais cessé de voyager du nord vers le sud. C’est une faillite morale qui présente certaines similitudes avec l’incapacité de la
communauté internationale à faire face à la crise climatique. »

Cet ouvrage volumineux est cependant très instructif et passionnant par ce qu’il nous révèle de ces trafics obscurs. À diffuser sans réserve !

Alexander Clapp, La guerre des déchets, Grasset, 2026, 450 pages, 25 euros.

Denys Calu