Bernard Lorin, passionné d’histoire, s’était battu inlassablement pour que le nom de Jysette Laîné soit inscrit sur le monument aux morts de sa commune. Il est décédé hier à Chartres.

Il avait connu la famille Laîné dans son village de Nonvilliers-Grandhoux et n’a jamais oublié la petite Jysette. Il s’était confié en 2024 à l’historien Gérard Leray : « À Grandhoux, pendant l’Occupation, on était à l’écart des opérations de guerre. On vivait chichement. Mon père est resté prisonnier en Allemagne jusqu’à la fin de 1942. Et ma mère faisait office d’infirmière. C’est elle qui a accouché la maman de Jysette. »

Les Laîné n’ont pas le temps de goûter au bonheur familial, Maurice, le père de Jysette est dénoncé et arrêté à cause de ses convictions communistes. Comme il a l’âge d’être requis pour le STO, il échoue dans la partie concentrationnaire du camp d’Auschwitz-Birkenau, d’où il ne reviendra qu’en 1945. Fin 43 début 44, sa femme décide de confier Jysette à ses grands-parents maternels demeurant à… Oradour-sur-Glane. Jysette a été l’une des 642 victimes du massacre du 10 juin 1944. Elle avait deux ans et trois mois.

Bernard Lorin s’était rendu à Oradour et avait constaté que le nom de la petite Jysette figurait bien sur la stèle qui commémore le martyre des habitants. Mais à Grandhoux, on l’avait oubliée. « C’est comme si elle n’avait jamais existé… » Son vœu le plus cher de voir le nom de Jysette Laîné gravé sur le Monument aux morts de la commune s’est réalisé pour la commémoration du 11 novembre 2014. Jysette y avait droit, vu que la mention "Mort pour la France" figure sur ses actes de naissance et de décès.

Pascal Hébert