Monsieur le Premier ministre,

J’ai bien recu, comme tous les Maires de France, votre courrier en date du 25 juin dernier, dont je prends note. Je vais transmettre vos remerciements aux élus et agents communaux, qui se sont tous mobilisés pendant cette semaine caniculaire, pour s’adapter et maintenir les services aux habitants dans des conditions acceptables.

Depuis des années, la commune de Gasville-Oiseme s’est engagée volontairement dans plusieurs démarches que vous citez : rénovation énergétique des batiments, renaturation de cour d’école, sésimperméabilisation, réhabilitation de friche, replantation d’arbres, restauration de rivière.

Garantir un cadre de vie décent aux habitants, pour les décennies à venir, est un défi que nous relevons en recherchant toutes les solutions  d’adaptation possibles de nos espaces publics et de nos espaces naturels. Nous regardons la réalité en face : le changement climatique est là, et ses effets s'accélèrent et s’intensifient, entrainant leur lot de catastrophes naturelles : canicules, inondations, mouvements de terrain. Des choses que nous ne connaissons que trop bien.

Mais est-il normal, Monsieur le Premier ministre, qu’en parallele de ce travail de fond, je doive me battre pour éviter que notre commune soit mise en danger par un projet porté par I’Etat ? Vos fonctions locales et nationales font que vous connaissez de longue date le projet autoroutier A154, dont I'idée est née au siecle dernier et dont la DUP a déja 8 ans. Une dangereuse éternité, au regard d’un dossier dans lequel I’adaptation au changement climatique n’était pas une priorité, voire un sujet absent. Est-il normal, des années apres avoir alerté I’Etat sur les risques que fait peser ce projet sur le cadre de vie des habitants, que je doive encore me justifier sur I'absolue nécessité d’épargner des bois, des zones humides, des chemins ruraux, qui constituent un environnement vital à tout point de vue ?

Je trouve que I'environnement est le grand absent de votre courrier. Pourtant, toutes les orientations d’adaptations que vous mentionnez seront mortiferes à moyen terme sans mesures de protection voire de‌ sanctuarisation de notre patrimoine naturel : bois et foréts, eau, terres agricoles, dont nous aurons un besoin vital dans les décennies a venir.

Je partage votre constat : face au changement climatique, la lucidité nous contraint a I'action. Il va falloir laisser courageusement derriére nous I'idéologie d'un développement infini dans un monde fini, dont nous avons déja dévoreé les ressources.

Bien respectueusement, Grégoire BAILLEUX

Maire de Gasville-Oiseme