S’agit-il de compenser les 1 000 arbres qu’il aurait fait planter à contre-coeur en un an ? Œil pour œil, dent pour dent ?
1 000, c’est le chiffre qu’a donné J-P Gorges lors du conseil municipal du 13 mars 2025 lorsqu’Olivier Maupu a demandé sur quelles études des besoins réels étaient fondés les projets de parkings souterrains Saint-Pierre (250 places minimum) et Saint-André (500 places minimum) présentés en séance. Les entreprises appelées à répondre sont priées de proposer elles-mêmes un nombre de place avec une limite basse à -10% et aucune limite haute !
Chartres Ecologie a voté contre ces deux projets totalement anachroniques : comment justifier en 2025 d’investir pour les cinquante prochaines années à venir en utilisant une solution passéiste, celle du tout-voiture individuelle, surtout en cœur de ville ?
Fonder l’organisation de l’espace urbain et des mobilités humaines sur la généralisation pour chaque foyer de deux voitures (même électriques qui ne sont pas sans impact), c’est mépriser toutes les alertes environnementales relatives aux limites planétaires. Poursuivre comme des zombies le mirage technique et consumériste des Trente glorieuses est une folie qui menace à court terme l’habitabilité de nos villes, de notre planète.
Au nom de l’intérêt général et du respect des générations futures, c’est la responsabilité des élu.es à tous les échelons de stopper cette dérive et d’accompagner les populations et les activités dans des changements d’habitudes qui feront pour tous la vie plus belle et plus durable.
A la fin du débat, J-F Plaze a précisé que les investisseurs potentiels pour la rénovation de logements en cœur de ville sont bloqués par la faiblesse de l’offre de stationnement, et que Guy Nicot, auteur du plan de rénovation de la basse ville en 1960, signalait alors le besoin de créer 800 places dans le secteur. Les plans de l’époque projetaient en effet un parking sous les jardins de l’Evêché. Mais justifier la réalisation d’un projet d’urbanisme parce qu’il était déjà envisagé 65 ans plus tôt est la preuve même qu’il ne faut pas le faire, tellement le monde et les problématiques ont changé !
Faisons un éclairage particulier sur cet exemple du projet des jardins de l’Evêché qui illustre parfaitement l’opposition de fond entre la vision gorgienne passéiste et le projet écologique et solidaire de Chartres en Commun.
Un premier élément à vous livrer pour nous rassurer : la consultation lancée pour les études et les travaux sépare une « tranche ferme » pour la reconstruction des murs de soutènement et une « tranche optionnelle » relative à la création d’un parking d’au moins 500 places. Contrairement à ce que le maire serine depuis des mois, la solidité des ouvrages historiques à conforter n’est donc pas conditionnée à la réalisation du parking ! M. Bouchard, l'ingénieur municipal qui a présenté le projet à l’issue de la projection d’un film de propagande, a confirmé que la nécessité absolue de reconstruire les ouvrages de soutènement présentait une opportunité pour y adosser ensuite des infrastructures de stationnement accessibles depuis la rue de la Corroierie.
Lors du débat, j'ai remercié l'ingénieur pour les éléments techniques détaillés fournis, utiles aux démarches de concertation qui seront menées par Chartres en Commun afin de construire notre projet pour le prochain mandat. Il s’agit de mesurer à hauteur d’habitant.es si un « quartier apaisé » est un quartier traversé par des voitures qui entrent ou sortent d’un parking de plus de 500 places.
D’accord avec le constat d’espaces publics où la cohabitation est actuellement parfois difficile entre piétons, cyclistes et automobilistes dans un quartier qui constitue aussi un itinéraire bis pour éviter la congestion des boulevards. Mais qui peut croire que la création de 500 places de parking en son cœur règlera ces problèmes ? C’est un cas type de mal-adaptation ! Il faut par ailleurs préciser qu’en remplacement des places de surfaces actuellement gratuites pour les résidents du quartier, le stationnement souterrain projeté sera payant. Compte tenu des contraintes du site, celui-ci sera fort coûteux, et le maire s’engage à ce qu’il ne soit financé que par ses usagers. Actuellement, le coût annuel de l’abonnement résidentiel dans les autres parkings publics s’élève à 1 500 euros !
Le maire nous répète depuis des années que cacher les voitures dans des parkings souterrains est écologique. A ce compte, les décharges où sont encore parfois déversées nos poubelles avant d’être recouvertes d’une pudique couche de terre seraient aussi écologiques ?
Pour résumer, au titre de la responsabilité historique des sociétés humaines face au dérèglement climatique et à la chute de la biodiversité, nous sommes contre la création de nouvelles infrastructures qui consomment encore toujours plus de béton (consommateur de ressources et émetteur de CO²) pour faire perdurer un urbanisme automobile insoutenable.
Mais nous sommes pour :
- Les travaux de reconstruction durable des ouvrages de soutènement des terrasses et jardins de l’évêché qui seront ré-ouverts au public d’autant plus rapidement que nous abandonnerons le projet de parking,
- Les propositions de nouvelles liaisons piétonnes entre les basse et haute-ville avec la prise en compte des personnes à mobilité réduite,
- La réflexion à mener avec les riverain.es pour améliorer la vie du quartier en prenant en compte tous les besoins, y compris de stationnement résidentiel, les usages et les aspirations pour un quartier réellement paisible : expérimenter par exemple la pose de bornes pour éviter le trafic de transit et le stationnement de surface non résidentiel,
- La protection et l’enrichissement en partie basse du site d’un îlot de biodiversité et de fraîcheur indispensable en cœur de ville pour le plaisir et la santé du voisinage, mais aussi pour constituer un précieux maillon des trames verte, bleue et brune qui garantissent la vitalité de la biodiversité urbaine. Au même titre que les acquisitions foncières et les aménagements que nous avons récemment votées pour faire du site du Rigeard un réservoir de biodiversité, ce projet peut être soutenu à hauteur de 80% par la Région…
Puisque le projet de parking n’est qu’une option, puisque les limites financières (à défaut des limites planétaires) repoussent aux calendes grecques le projet de musée en sous-sol de l’esplanade de la cathédrale, il est donc permis à Chartres en Commun d’inventer avec vous autour de la cathédrale et en basse-ville de nouveaux projets responsables et respectueux du vivant, de notre santé, de la beauté des sites et de l’avenir de nos enfants.
Ecoute, concertation, imagination et mesure des justes besoins caractériseront notre méthode.
Jean-François Bridet