Un nouveau droit pour la terre, par Valérie Cabanes

Valérie Cabanes est juriste en droit international, dans cet ouvrage, elle fait le tour complet des atteintes à l'environnement, et c'est assez dramatique : pollutions par les hydrocarbures, extractions minières, dissémination des déchets plastiques, pollutions dues aux industries chimique, agro-alimentaire, nucléaire. Conséquences : l'air, l'eau et la terre sont aujourd'hui gravement impactés.

Dans une deuxième partie, elle constate que l'économie de marché associée aux technologies a des répercussions délétères sur les conditions de vie sur la planète en même temps que l'on assiste à de multiples violations des droits humains. Comme d'autres écologistes elles met en cause un verset de la Bible : Genèse 1, 26 : « Faisons l'homme à notre image et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre... » Ce passage de la Bible aurait influencé tout l'Occident, « lui faisant perdre toute mesure », remarque-t-elle.

L'auteur propose de prendre modèle  sur les peuples indigènes pour  la gestion des écosystèmes et le maintien de la biodiversité. De même, nous pourrions suivre l'exemple de l'Équateur et de la Bolivie qui, dans l'esprit du « Buen vivir », ont inscrit dans leur constitution la nécessité de vivre en harmonie avec la nature.

Nous devons comprendre que toute atteinte contre la nature est aussi une atteinte contre l'humanité elle-même, c'est pourquoi Valérie Cabanes trouve urgent d'ajouter à la palette des crimes internationaux (crime de guerre, contre l'humanité, génocide) celui d'« écocide ».

Les juges doivent pouvoir sanctionner pénalement les États, les multinationales et leurs dirigeants, afin de mettre un terme à trop d'impunité dans ce domaine.

C'est un essai original qui aborde l'écologie sous l'angle du droit ce qui n'est pas très courant, mais il reste très accessible et vraiment intéressant.

Depuis 2016, année de rédaction de cet ouvrage, quelques États ont inclus cette loi contre l'écocide : Ukraine, Géorgie, Russie (?) et Vietnam, mais, en France, on a juste créé un « délit d'écocide » lors de la loi « Climat et résilience » le 22 août 2021. On est encore loin d'une loi internationale condamnant le crime d'écocide que Valérie Cabanes considère comme urgente, sans doute avec la mondialisation néolibérale l'économie passe-t-elle encore et toujours avant l'écologie !

Denys Calu

Valérie Cabanes, Un nouveau droit pour la terre, éditions Anthropocène, Seuil 2016, 340 pages, 20 euros.