Prélude à la goutte d’eau, de Rémi David

Prélude à la goutte d’eau, le dernier roman de Rémi David, nous plonge dans un futur plutôt angoissant à bien des égards. Entre une Terre en surchauffe, un magnat sans scrupule et un peuple assoiffé, les années 2040-2060 s’annoncent angoissantes et mortifères. Voilà un livre qui répond parfaitement à la peur ressentie par beaucoup sur le réchauffement climatique et ses conséquences désastreuses sur l’environnement, les hommes et la vie sur la planète bleue. C’est d’ailleurs avec cette peur que l’on se trouve propulsé dans un futur où le manque d’eau potable devient un enjeu majeur. Celui qui contrôle l’or bleu devient le maître du monde. Et c’est ce que l’on constate avec Erik Dolomont, un entrepreneur peu scrupuleux.

Habitué des coups médiatiques sur fond de crise climatique, Erik Dolomont a projeté de prendre possession d’un iceberg et de le tracter depuis le pôle jusqu’au Maroc. Une opération à grand spectacle pour soigner son image de sauveur de la planète puisque cet iceberg servira à fournir de l’eau douce vendue comme une denrée rare. Sous ses airs de philanthrope, Erik Dolomont ne perd jamais le sens de ses affaires. Lors de son périple et avant d’atteindre le Maroc, il décide de faire une halte à Cherbourg pour organiser une conférence de presse. Un premier caillou vient tout de même casser l’ambiance. Une avocate, spécialisée dans la défense de la nature, assistée de Samira sa jeune juriste, parvient à trouver une faille juridique en faveur de l’Iceberg. Mais cela ne sera pas suffisant pour empêcher Erik Dolomont de poursuivre ses objectifs sans aucune opposition… jusqu’au jour où tout bascule.

Samira, dans cette affaire, ne se lance pas par hasard dans le combat pour sauver l’iceberg. Et c’est justement l’histoire de Samira que l’on découvre au fil de la lecture. Une histoire liée de très près à la famille Dolomont peu recommandable et parvenant à se sortir de ces petits ou gros ennuis sans trop de problème. Samira, issue d’une famille en vue en Guinée, a dû fuir son pays après l‘assassinat de ses parents. Elle arrive au Maroc à La Verrue, un village organisé par Dolomont pour les migrants. Moyennant toutes sortes de tâches, les résidents peuvent bénéficier d’une eau retraitée. Dolomont est à la baguette de ce petit trafic qui rapporte gros. A La Verrue, elle fait la connaissance de Aya. Les deux jeunes femmes sont bien différentes mais elles s’apprécient.

Dans cette vie sans fin, un espoir arrive de France avec une opération permettant aux migrants de rejoindre l’Hexagone à condition d’y suivre des études supérieures et surtout de céder un rein pour sauver des milliers de Français. Samira et Aya s’inscrivent et espèrent que leurs candidatures sera retenue. Le sort s’acharnant sur les plus faibles, la vie de Samira va basculer un jour où elle doit garder le fils d’Erik Dolomont. Interpellée, condamnée pour la mort mystérieuse du jeune garçon, Samira n’ira jamais en France. Aya, non retenue, parvient à usurper l’identité de son amie pour prendre sa place. Nourrie de vengeance, Aya/Samira n’a plus qu’une obsession : que la vérité éclate sur la mort du fils d’Erik Dolomont et qu’il soit enfin condamné. Avec l’aide de son ex-petit ami, Aya/Samira met en place un plan afin que les masques tombent publiquement.

Répondant bien aux inquiétudes de notre temps et à l’évolution de l’humanité en pleine tempête climatique, ce livre nous met en garde contre tous ceux qui ont du pouvoir et pensent sauver l’humanité... en préservant avant tout leurs propres intérêts.

Pascal Hébert
Photo Francesca Mantovani

Rémi David, Prélude à la goutte d’eau, éditions Gallimard, 318 pages, 22 euros.