Le projet d'A154 ou le mépris des élites envers les citoyens
Lors du conseil communautaire de Chartres Métropole du 22 janvier 2026, plusieurs prises de parole ont illustré une fracture désormais évidente entre des élus de droite, arc-boutés sur un projet d’autoroute d’un autre temps, et ceux qui alertent sur ses conséquences sociales, environnementales et démocratiques.
Rémi Martial, maire de Lèves, a ouvert les hostilités en s’en prenant à une tribune parue dans Mediapart, cosignée notamment par des députés et par Jean-François Bridet, vice-président de la Région et candidat de Chartres en commun - union citoyenne de la gauche et des écologistes. Cette tribune rappelait pourtant une évidence : l’acharnement autour du projet d’A154 se fait au mépris des habitants directement impactés, de l’agriculture et de l’environnement.
Dans la foulée, Étienne Rouault, maire de Champhol, s’est contenté de dénoncer une nouvelle fois les écologistes, sans apporter le moindre élément nouveau au débat. Une posture de rejet plus que de discussion, là où les habitants attendent des réponses concrètes.
Jean-Pierre Gorges, président de Chartres Métropole, est allé plus loin encore en affirmant que « tout le monde est d’accord » avec le projet autoroutier. Une affirmation pour le moins contestable, tant elle ignore les oppositions exprimées lors de la consultation publique et les nombreuses alertes citoyennes. Il persiste à présenter l’A154 comme l’unique solution pour détourner les poids lourds de la rocade de Chartres, sans jamais évoquer une alternative plus sobre, moins coûteuse et moins destructrice.
Face à ces certitudes assénées, Jean-François Bridet a rappelé la réalité d’un projet inutile, climaticide et profondément injuste. Un projet qui détruirait près de 600 hectares de terres agricoles nourricières, parmi les plus qualitatives de France, et forestières, sans compter l’artificialisation supplémentaire liée au développement de zones logistiques, grandes consommatrices d’espace et pauvres en emplois durables. Un projet injuste également, car il consisterait à concéder à un opérateur privé une route nationale, la RN154, déjà aménagée en 2x2 voies entre Chartres et Dreux, et financée par l’argent public. Demain, les usagers devraient payer pour emprunter un axe qu’ils ont déjà financé, tandis que les collectivités seraient appelées à verser une subvention d’équilibre, appelée à croître comme c’est systématiquement le cas sur ce type d’infrastructure.
Jean-François Bridet a également rappelé qu’un aménagement de sécurité de la RN154 avait été promis par le maire de Lèves lors des élections départementales - une promesse restée sans suite.
Grégoire Bailleux, maire de Gasville-Oisème, a pour sa part rétabli un fait majeur : 75 % des avis exprimés par les habitants étaient défavorables à la concession autoroutière. Il a souligné que le projet repose sur une étude d’impact obsolète, ignorant les enjeux actuels liés à la gestion de l’eau et aux risques d’inondation, pourtant cruciaux pour notre territoire.
Ce débat met surtout en lumière un paradoxe inquiétant : les communes, dont les habitants seront particulièrement impactés - Lèves et Champhol -, sont celles où leurs maires semblent les moins disposés à entendre la contestation. À l’inverse, d’autres élus, comme feu Jean-Marc Cavet à Saint-Prest ou Grégoire Bailleux à Gasville-Oisème, ont fait le choix du courage politique, malgré les pressions subies.
Ce n’est sans doute pas un hasard si émergent aujourd’hui des mouvements citoyens comme Lèves en commun et Champhol en commun, porteurs d’un même objectif : améliorer concrètement la qualité de vie des habitants plutôt que de sacrifier leur avenir à un projet d’ infrastructure dépassée.
Enfin, on ne peut que regretter que tant d’énergie politique et financière soit mobilisée pour un projet autoroutier, alors que notre agglomération fait face à un enjeu sanitaire majeur : la qualité de l’eau potable, parmi les plus dégradées de France. L’acquisition foncière pour protéger les captages, accompagner la transition agricole et la préserver les ressources auraient mérité un engagement collectif bien plus déterminé.
L’autoroute A154 n’est pas un symbole de modernité. Elle est le révélateur d’un choix politique : celui de tourner le dos aux habitants, à l’environnement et aux générations futures.
Les 15 et 22 mars : les citoyens auront le choix du commun.
Olivier MAUPU, conseille municipal de Chartres et conseiller communautaire de Chartres Métropole