Les maisons parachutées, de Didier Daeninckx
Savons-nous vraiment tout sur le comportement des Français pendant la Seconde Guerre mondiale ? La mémoire collective a été orientée vers la Résistance principalement sous le mandat présidentiel de Charles de Gaulle. Le sacrifice des hommes de l’ombre a été glorifié au cinéma et dans la littérature. Difficile encore aujourd’hui de parler de ces bons Français qui ont dénoncé, trahi, traqué le maquis pour éliminer la vermine, les plouto-francs-macons et bolcho-gaullistes.
Dans son dernier roman Les maisons parachutées, Didier Daeninckx s’intéresse à travers un thriller à la période d’après-guerre. Celle des règlements de compte entre Français avec son cortège de femmes tondues et de procès pour actes de collaboration. Et puis il y a ceux dans les réseaux qui ont su profiter de certaines situations pour détourner à leur profit l’argent parachuté par les Anglais et destiné à la Résistance. Alors que la France est sur le chemin de la reconstruction en 1952, trois cadavres sont découverts dans une ferme aux Essarts, proche de l’usine métallurgique d’Imphy. Les premiers éléments ne laissent aucun doute. Les policiers ont bien affaire à trois homicides.
Tout au long de cette enquête particulièrement riche en information, on suit pas à pas l’inspecteur Philippe Orbec sur la trace de ces trois inconnus. Que sont-ils venus faire dans cette ferme et surtout pourquoi ont-ils été assassinés ? Remontant doucement la piste d’un des trois hommes, Orbec voit son enquête prendre la direction de la déportation et plus précisément du camp de Mathausen et son annexe Redl-Zipf. Dans la dernière période de la guerre, on retrouve ces trois individus qui ont approché un commando juif. Un commando d’un genre un peu spécial puisqu’il était composé de faussaires dont la mission était de fabriquer de faux billets anglais et américains. Le but étant pour les Allemands de les utiliser pour déstabiliser l’économie des Alliés. Ces mêmes billets ont circulé en France après la Libération.
Philippe Orbec, envisageant toutes les pistes, pense dans un premier temps à des résistants qui ont mis la main sur une partie de cet argent. Ce qui ne sera pas le cas dans l’affaire qui le préoccupe. En remuant ciel et terre, il parvient à reconstituer l’histoire de Marc Evremeur, Alexandre Chardac et Ariano Polésine, disparus le 12 octobre 1947. Ces résistants et déportés s’étaient retrouvés pour prendre la direction de Decize afin d’enlever Hermann Weistreicher, un ingénieur allemand également tortionnaire et membre de la SS. Il avait été mis en cause dans l’assassinat de plusieurs déportés, en 1944 dans les souterrains de la brasserie Zipf. Ces tunnels servaient à abriter la construction des V2 ainsi que la production de faux billets anglais et américains.
Comme de nombreux ingénieurs allemands, Hermann Weistreicher a été récupéré par la France pour apporter son savoir dans le domaine de l’industrie aéronautique nationale. Visiblement, les trois hommes avaient retrouvé sa trace à Decize sans doute pour l’enlever et le supprimer sans autre forme de procès. Placés sous haute surveillance par des militaires, les scientifiques allemands ne pouvaient pas être abordés aussi facilement. Ont-ils été stoppés dans leur aventure par les forces françaises ?
La question est posée. Cette enquête a permis à Philippe Orbec de comprendre pourquoi son père, flic comme lui, avait été abattu par la Résistance. Il avait sans doute découvert que des résistants détournaient de l’argent parachuté. Certains ont anormalement prospéré à la fin de la guerre en investissant dans les commerces ou l’immobilier, en créant ainsi ce que l’on peut appeler des ‘"maisons parachutées".
Pascal Hébert
Didier Daeninckx, Les maisons parachutées, éditions Gallimard, 227 pages, 20,50 euros.