L'appel du 24 avril

Discours de Jean-François Bridet pour sa candidature à la présidence de Chartres Métropole.

"Les récents ralliements publics de nombreux maires enlèvent tout suspense à l’élection qui va se dérouler ce matin, ce qui va en effet permettre de tourner complètement la page de 25 années de système gorgien. Nous allons donc éviter un épisode de « l’Empire contre-attaque », et c’est un soulagement pour moi également.

Beaucoup de ces soutiens récents à la candidature de Ladislas Vergne affirment croire en ses capacités d’écoute et de respect des opinions nuancées, voire divergentes, à l’opposé du président que nous allons remplacer.

Dans ce cas, si vous vous reconnaissez dans l’approche et la vision des politiques communautaires que je vais rapidement exposer, vous allez pouvoir démontrer votre adhésion par le vote, secret je le rappelle, sans craindre de voir votre commune ostracisée ou vos projets empêchés dans le cadre d’une gouvernance éloignée de l’autoritarisme passé.

Au-delà du changement de style ou de méthode qui sera, j’espère, effectivement incarné par le nouveau président, il devrait également s’agit de choisir par le vote un nouveau projet porté par une vision politique, que l’on se prétende sans étiquette ou non.

La politique n’est pas pour moi une carrière, mais une parenthèse pour tenter de donner une autre dimension à mes combats écologiques et sociaux. Cette candidature qui pourrait sembler superflue va me permettre d’exposer une véritable vision de rupture et vous permettre d’indiquer au futur exécutif que les préoccupations sociales et écologiques ne sont pas une option.

L’équipe en place depuis un quart de siècle a fondé la totalité des politiques intercommunales sur un système de croissance économique et de surproduction à bout de souffle, et qui a peine à ruisseler pour bénéficier à toutes les populations. Les problèmes d’énergie, d’accès aux ressources naturelles, de pollution, de démographie et de fracture sociale condamnent ce système qui a provoqué ces déséquilibres.

Comme toute personne de plus de 50 ans, j’ai souvent douté dans ma vie et je me suis parfois trompé, mais je n’ai jamais commis d’erreur concernant les choix relatifs à mes enfants. Rien ne concerne plus mes enfants, vos enfants, que l’avenir que nous leur préparons dans l’espace géographique et politique que nous partageons.

Notre responsabilité politique est de rendre cet espace plus robuste face aux dangers de demain et de le maintenir désirable et agréable à vivre. Pour cela, il faut mettre sur le dessus de la pile les dossiers de la santé, de l’autonomie alimentaire, de l’économie circulaire et locale, de la solidarité, des droits à la mobilité et à la culture, de la redirection agroécologique et surtout de la préservation des écosystèmes naturels dont la bonne santé facilitera l’adaptation au changement climatique. Parlons économie par exemple :

Dans un contexte de pénurie en voie d’aggravation (main d’œuvre, matières premières, énergie), préparer un espace économique viable et durable, c’est allouer nos moyens et ressources aux productions et activités réellement utiles au plus grand nombre, afin de nous rapprocher de l’autonomie pour répondre aux besoins essentiels : se nourrir, se soigner, se cultiver, enseigner etc…

Dans cette optique, je ne pense pas que développer la production cosmétique pour faire des profits à l’export soit le meilleur pari pour l’avenir, tandis que dans le même temps, la France n’est plus capable de subvenir à nos besoins en paracétamol. C’est pourquoi, je pense qu’il serait de bonne stratégie publique que d’accompagner la redirection de notre écosystème cosmétique vers la pharmacie. Notre chance est que les compétences les process et les installations sont techniquement très proches entre ces deux filières.

Ces principes et cet exemple permettent de comprendre trois points emblématiques de  ma proposition :

  • NON AU SIEGE DE LA COSMETIC VALLEY FACE A LA CATHEDRALE :

- Le site mondial de l’UNESCO mérite des aménagements annexes publics et culturels, pas privés et commerciaux.
- L’argent public ne doit pas financer la vitrine de multinationales aux milliards de bénéfices annuels et sans éthique. L’Oréal et consorts travaillent actuellement à faire passer de 18 mois à 5 ans le délai de retrait des produits contenants des composés cancérogènes !

  • NON AU SOUTIEN DU PROJET D’AUTOROUTE A154-A120

- Destruction du patrimoine naturel et modification des régimes d’eau pluviales.
- Réduction des capacités productrices agricoles (400 hectares), la ferme d’un céréalier-meunier détruite, les prairies pâturées par l’éleveur de Coltainville massacrées.
- Destruction de dizaines d’hectares du plan vert au droit de la prairie du Gorget.
- Poids financier sur les épaules des salariés navetteurs

  • EXEMPLES D’ATTRIBUTION DES ECONOMIES FONCIERES ET FINANCIERES REALISEES PAR LES POINTS 1 ET 2

- Déploiement de productions alimentaires bio, notamment au droit des aires de captages pour commencer à restaurer la qualité de l’eau potable.
- Réseau de maraîchage urbain intégrant un plan de formation continue avec le Campus NATURALIM à la Saussaye, et articulé avec une politique massive de collecte des déchets organiques pour mise en conformité avec la loi.
- Expérimentation de solutions de mobilités collectives ou partagées dans toute l’agglo.
- Réseau cyclable sécurisé à l’échelle intercommunale.
- Accélération du déploiement des BHNS avec projet de gratuité connectée avec parkings-relais.
- Plan d’urgence et global d’amélioration thermique et d’accessibilité du parc locatif social articulé avec la création de formations et filières de matériaux biosourcés.

Enfin, comme l’a d’ailleurs proposé M. Garnier, je pense qu’il faut cesser la dynamique de métropolisation vers la ville-centre et se préoccuper du maintien et du développement des équipements publics, commerciaux, culturels et sportifs de proximité dans toute l’agglomération, autour de bourgs-centre à renforcer et à bien connecter. Mon adolescence à Thivars, les nombreux projets architecturaux que j’ai menés à bien en milieu rural et péri-urbain, et les longues années de secrétariat de mairie de mon père à Ermenonville la Grande, m’inspirent fortement dans cette voie.

En ce premier tour, c’est le moment, sans risque sur l’issue du vote, d’exprimer votre adhésion à un projet responsable qui voit loin. Il est vrai qu’au moment où les périls environnementaux sont toujours plus proches et plus certains, les positions écologistes que je porte sont la plupart du temps ridiculisées, voire conspuées. Pourtant, mes convictions ne faiblissent pas et je résiste.

Grâce à la création du Conseil National de la Résistance par Jean Moulin en 1943 les résistants et les résistantes ont pu nourrir leur courage en s’autorisant à penser la société d’après la libération, plus juste, plus épanouissant et plus démocratique.

A toutes celles et ceux qui porteront leur voix pour témoigner de leur adhésion à cette vision, je proposerai de constituer un groupe de réflexion au sein de cette assemblée afin de continuer d’y faire vivre un vrai débat d’idées."