La perspective d’effondrement de la gouvernance municipale de Chartres

L’histoire va-t-elle se répéter ? Pour le pouvoir en place à Chartres, les élections à venir, en mars 2026, distillent un parfum qui rappelle celui de l’échéance de mars 2001. A une exception près.

- Une équipe municipale usée par un quart de siècle de pouvoir sans partage, sauvée jusqu’à présent par une propagande effrénée, mais qui touche aujourd’hui ses limites.

- Un maire tyrannique, obsédé par son fauteuil et celui de patron de l’agglomération, qui les conçoit comme sa propriété personnelle et surtout pas comme les attributs d’un employé au service de la collectivité des citoyens.

- Un maire dont la politique dispendieuse « made in pain et jeux » nous entraîne au fond du gouffre de la dette, actuellement quatre fois supérieure à la moyenne des villes de même taille en France métropolitaine. La question n’est pas de savoir si ça va s’effondrer mais quand… Il faut se souvenir que la dette énorme de Chartres au milieu des années 1990 avait nourri l’engagement de Gorges pour 2001.

- Un maire sourd aux critiques de son propre électorat : « Gorges, il a fait des choses bien, mais maintenant ça suffit ».

- Un maire qui tire à la sulfateuse sur un ex-affidé, quarante ans plus jeune que lui. Le crime du jeune homme ? Incarner la relève de la droite locale.

- Sauf que Ladislas Vergne a infiniment plus de moyens que la liste écologiste Energies citoyennes qui avait osé concurrencer la liste PS Ory-Lemoine en 2001. Sa campagne municipale commencée depuis deux ans mord à pleines dents dans l’électorat conservateur. Et pas seulement chez les trentenaires et quadras, également dans le domaine réservé de Gorges : les Anciens. Vergne a manifestement beaucoup d’argent et ses documents programmatiques sont de belle facture, consensuels, jamais polémiques. La droite chartraine catho adore ce genre de profil « gendre idéal ».

- Gorges est enferré dans la pire logique qui soit en matière électorale : la routine : après les fêtes, il va adresser à tous les Chartrains sa lettre de candidature (qui servira dans de très nombreux foyers à allumer le feu) et son livre-programme sur papier glacé (qui servira à caler les armoires branlantes).

- L’adhésion opportuniste de Gorges à LR et le soutien du micro-parti d’Edouard Philippe sont des cadeaux empoisonnés. Une marque de faiblesse. En 2001, la liste officielle UDF-RPR avait perdu - de justesse, certes - face à une autre liste de droite, citoyenne : celle de Gorges lui-même.

- Vergne - « sans étiquette » mais LR dans les tripes - va donc faire un excellent score. Ce serait un sacré coup de tonnerre s’il parvenait à dépasser la liste de Gorges au premier tour. Mais l’hypothèse est réaliste. Entre les deux tours, pas d’alliance possible entre eux. Si Vergne est derrière Gorges, il se maintiendra pour le faire perdre, Si Gorges est derrière Vergne, il se maintiendra pour le faire perdre. Une lutte à mort, une droite divisée et irréconciliable.

- La grande différence avec 2001, c’est que pour l’échéance de mars 2026, les mouvements de l’écologie et de la gauche sont unis sous la bannière Chartres en commun, et avec un candidat respecté et responsable, Jean-François Bridet, par ailleurs vice-président de la région Centre-Val de Loire. C’est un cas unique en France dans l’esprit du Nouveau Front populaire arrivé en tête aux législatives de 2024. La clef de la victoire.

Gérard Leray