"La démocratie, c'est le vote"

Les enjeux autour de l’élection du futur président du conseil communautaire de Chartres Métropole apparaissent aujourd’hui particulièrement structurants pour l’équilibre politique local. Après plusieurs mandats marqués par une forte centralisation du pouvoir autour de Jean-Pierre Gorges, la question de sa succession ouvre une période d’incertitude, mais aussi de recomposition possible entre les 66 communes membres de l’agglomération.

À Chartres, les conseillers communautaires sont élus au suffrage universel direct. Le jour du vote des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, les électeurs ont utilisé un bulletin unique sur lequel figurent deux listes distinctes : la liste des candidats au conseil municipal, et celle des candidats au conseil communautaire.

La communauté d'agglomération de Chartres Métropole est administrée par son conseil communautaire composé de 112 membres, dont 24 pour la ville de Chartres, 10 pour Lucé, 7 pour Mainvilliers, 4 pour Luisant, 3 pour Lèves, 2 pour Champhol, Le Coudray ou Maintenon, et 1 pour les 58 autres communes périurbaines ou rurales.

La surprise de l'élection de Ladislas Vergne, comme futur maire de Chartres avec plus de 51 % des suffrages exprimés, tend à faire figurer ce candidat comme le successeur logique issue des urnes. Jean-Pierre Gorges a réuni de son côté moins de 30 % des voix. Voici 25 ans qu'il répète : "La démocratie, c'est le vote". Le respect de la démocratie devrait très logiquement faire prendre conscience à Jean-Pierre Gorges qu'il n'a plus sa place ni à la ville, ni à l'agglo. Sans avoir jamais reconnu publiquement sa défaite, osera-t-il foncer tête baissée contre le vote des Chartraines et Chartrains, et se présenter à la tête de l'agglomération, en tant que conseiller municipal d'opposition de la ville de Chartres, et risquer une seconde défaite après l'énorme gifle infligée le 22 mars 2026 ?

En fin de mandat, l’exécutif communautaire a fidélisé (pour ne pas dire acheté) les petites communes en fixant un montant plancher de dotation de solidarité communautaire établie à 30 000 euros annuel quel que soit le nombre d’habitants du village. À cela s’ajoute les fonds de concours autour de 3 millions d’euros/an. L’agglomération est riche, et n’hésite pas à redistribuer. Voilà comment garantir l’adhésion des 58 élus ruraux avant la prochaine élection... Seront-ils convaincus par une nouvelle candidature ?

Le président est élu à la majorité absolue aux deux premiers tours, puis à la majorité relative au troisième tour s’il n’y a pas de majorité. La désignation s'effectue au scrutin secret.

Cela change tout tant la pression exercée pendant le dernier mandat a été forte sur les élus locaux. Ils sont nombreux ceux qui n'ont pas accepté la hausse de 7,5 % de la taxe sur le foncier bâti, imposée de manière verticale, pour financer principalement l'ambition antique du Maire vaincu de Chartres à travers sa politique de grands équipements : finalisation d'Autricum (l'hôtel de ville et d'agglo), le Colisée, et l'Illiade. Le prochain exécutif devra donc restaurer un climat de confiance et rééquilibrer les relations entre la ville centre et les communes périphériques.

Par ailleurs, les services de la ville de Chartres et de l'agglomération sont pour beaucoup intimement mutualisés. En cela, la présidence unique du maire de la ville centre et du président de l'agglomération facilite la gestion de cet ensemble imbriqué dans son fonctionnement quotidien.

Derrière la séance d’installation du conseil communautaire au cours de laquelle les conseillers communautaires éliront le président, les vice-présidents et les conseillers délégués, se jouera aussi la présidence des 14 sociétés satellites de l’agglomération comme autant de filiales très proches du pouvoir gorgien défait le 22 mars : C’Chartres traitement et valorisation présidé par M. Gorges, C’Chartres aménagement présidé par M. Masselus, C’Chartres développements immobiliers présidé par Mme Fromont, C’Chartres Evènements présidé par Mme Dorange, C’Chartres spectacle présidée par Mme Vincent, C’Chartres tourisme présidée par Mme Mesnard.

D’autres filiales sont également très liées à l’ancien pouvoir : Synelva, présidé par M. Loubière, C’Chartres eau présidé par M. Bellamy, C Chartres énergie présidée par M. Soulet, C’Chartres innovation numérique présidé par M. Tachat, C’Chartres transport présidé par M. Besnard : en voilà pas mal qui ont un intérêt direct à ne rien changer au système en place !

Cette élection dépasse néanmoins la seule question des personnes. Elle engage l’avenir du projet communautaire lui-même : le développement économique, toutes les questions autour de la santé : qui se traduisent dans l’aménagement du territoire dont l’épineux poison de l’A154, les politiques agricoles et environnementales dont l’enjeu central de la gestion de l’eau, la polluante gestion des déchets très en retard par rapport aux obligations de la loi, la politique de l’habitat, des transports, ...

Le choix du président (au travers de son programme de politique générale) déterminera en grande partie l’orientation donnée à ces priorités pour les années à venir. Ladislas Vergne, en campagne pour l’agglo, saura-t-il réussir le coup double ?

Olivier MAUPU, conseiller municipal de Chartres et conseiller communautaire 2020-2026.