Dernier spritz à Biarritz

C'est la rentrée, retour au turbin ! Ton corps tout bronzé est de nouveau prêt à affronter PDG, DRH, ASAP et SAV, mais ton cœur, lui, est toujours en RTT. Et dire qu'hier encore, tu sirotais ton spritz au Ritz de Biarritz avec Paloma Moritz...

Te voilà seul désormais, de retour à la machine à café, un reste de crème solaire fermentée entre les doigts de pieds. Pour tenter de revenir à la réalité, tu dégaines ton portable et tu cliques courageusement sur la dernière vidéo de ta nouvelle pote Paloma. En cet instant, tu comprends que tu ne détestes pas vraiment la rentrée... Tu détestes le capitalisme mondialisé. Tu sais que ce système décide de tout à ta place, alors que c'est une triste farce, une véritable impasse.

Cela fait plus de 50 ans que les scientifiques alertent mais cette fois-ci, ça sent vraiment le roussi ! Et c'est Paloma qui te le dit : "L’année 2024 s’est imposée comme la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés météorologiques. Selon le service européen Copernicus, la température moyenne mondiale a dépassé de 1,6°C le niveau préindustriel, franchissant symboliquement la limite de +1,5°C fixée par l’accord de Paris.

Les océans ont connu des anomalies thermiques inédites, notamment dans l’Atlantique tropical, la Méditerranée et le Pacifique Nord. Des vagues de chaleur marines ont perturbé les écosystèmes et accentué les phénomènes météorologiques extrêmes. Des inondations massives ont frappé des régions peu habituées, comme le Sahel et le Sahara, à cause d’une mousson africaine surpuissante. L’activité cyclonique a été particulièrement intense, avec des tempêtes plus fréquentes et plus destructrices. Le réchauffement climatique a amplifié les effets sanitaires des canicules, provoquant des surmortalités dans de nombreux pays. Les coûts liés aux catastrophes naturelles ont atteint des niveaux record, mettant à rude épreuve les systèmes d’assurance et les infrastructures mondiales.

2024 a été l'année de tous les records ! Records qui ne sont plus des anomalies passagères mais des tendances nettes à prendre au sérieux. Sans surprise, 2025 suit déjà la même trajectoire avec ses records de températures et de forêts européennes carbonisées..." Puisque tout le monde s'enfuit lorsque tu tentes d'aborder les enjeux climatiques avec tes collègues, tu te surprends à converser avec ton macchiato : "Et ho les frérots, c'est fini les J.O !! Faudrait arrêter d'appeler "record" un symptôme inquiétant, un seuil critique ou un niveau alarmant..."

Puis tu te rappelles du record de bouchons en France, tombé le samedi 2 août 2025 lors du chassé croisé entre juillettistes et aoûtiens : 1 086 km de bouchons cumulés ce jour-là. Un bouchon de la taille de notre pays, médaille d'or pour notre folie ! En cet instant, tu fais le lien avec ce que Paloma psalmodie...

Dégoûté, tu cherches une dernière vidéo pour te marrer un peu avant ta première réunion de rentrée. Tu cliques sur une interview du maire de Chartres, allongé dans l'herbe, sous les derniers arbres qu'il n'a pas encore abattu. Qu'il est simple d'être lui, toujours fier de ses actes et de son déni. Finalement, tu ne te marres pas tant que ça, tu pestes intérieurement, en vérité, tu le maudis. La planète brûle à grands feux et ce monsieur trouve sans cesse de nouvelles idées pour souffler sur les braises. Tu te dis que le déni climatique est vraiment le luxe des irresponsables, puis tu éteins ton portable dont certains orifices sont encore remplis de sable.

Tu penses qu'il est vraiment temps d'arrêter le massacre et tu te promets de partir en train l'été prochain. Tu te promets également de tout bloquer le 10 septembre, de t'inscrire sur les listes électorales et de participer activement à la campagne municipale de Chartres en Commun. Parce que mars 2026, c'est déjà demain...

Sylvain Desmaison