Démocratie sous influence

La France reste institutionnellement une démocratie représentative : élections régulières, pluralisme des partis, libertés publiques inscrites dans la Constitution. Mais plusieurs mécanismes à l’œuvre donnent l’impression que notre souveraineté est affaiblie dans la pratique. Ces mécanismes découlent d’une concentration progressive du pouvoir économique, médiatique et politique, qui limite la diversité réelle des choix et des voix.

Comme dans de nombreux pays occidentaux, 90% des médias privés français appartiennent à un nombre restreint d’industriels milliardaires. Cette concentration entraîne une uniformisation des cadres de pensée. Même si les rédactions gardent une autonomie relative, les lignes éditoriales tendent à refléter les intérêts économiques et idéologiques des propriétaires. Les discours critiques du capitalisme financier, de la politique industrielle dominante, de la dévastation écologique ou des inégalités sociales sont souvent caricaturés, marginalisés, voire invisibilisés. L’agenda médiatique français est systématiquement orienté. Certains sujets sont amplifiés (insécurité, guerre, immigration) tandis que d’autres sont minimisés (évasion fiscale, conflits d’intérêts, violences sociales et environnementales). En orientant les thèmes jugés "importants", les médias influencent notre perception du réel et donc nos choix électoraux. Dans un tel contexte, notre processus démocratique semble biaisé.

Un autre argument porte sur la manière dont l’État français gère les mouvements sociaux et les oppositions politiques. La criminalisation de ces oppositions passe par un usage intensif du maintien de l’ordre : manifestations encadrées de manière de plus en plus coercitive, blessés graves, nasses systématiques, interdictions préfectorales, pressions sur les organisateurs, arrestations massives, procès expéditifs… Cette judiciarisation de la contestation est utilisée comme un outil dissuasif. Le message est clair : les crises mondiales sont profondes, mais ne tentez rien, restez dans votre canapé !

Les discours politiques dominants assimilent, de plus en plus régulièrement, contestation et menace. Des gilets jaunes à LFI, les contestataires sont décrits comme "radicaux", "factieux" ou "anti-républicains"… Ceci empêche tout débat de fond et délégitime les critiques justifiées. Les formations qui remettent en cause l’ultra-richesse ou les logiques néolibérales sont souvent présentées comme "irréalistes", "dangereuses", voire "extrémistes". En criminalisant
les idées qui remettent en cause l’ordre économique dominant, on instaure un climat où la contestation devient risquée, tant sur le plan social que financier. La désignation de boucs émissaires permet à un pouvoir central contestable et contesté de se maintenir en place jusqu’à la nausée. Pendant que le débat public se focalise sur les migrants, les chômeurs ou les militants, il ne s’intéresse pas aux vrais délinquants comme les vendeurs d’armes, les pollueurs ou les évadés fiscaux...

Vous l’aurez compris, le capitalisme ne se limite pas à une organisation économique. Il façonne les imaginaires, les désirs, les peurs et donc les votes. Plutôt LR que le Nouveau Front Populaire ! La propagande colonise les esprits depuis tellement longtemps en Occident, que penser autrement demande un effort constant. Les valeurs marchandes (compétition, rentabilité, performance) sont devenues des normes sociales, même à gauche. Chacun est encouragé à se percevoir comme un entrepreneur de soi-même, à se lever tôt pour être productif, à rouler en bagnole, à prendre l’avion, à être propriétaire de sa maison, à consommer de manière ostentatoire… Peu importe si ce mode de vie provoque des crises écologiques, géopolitiques, sanitaires, sociales et économiques à répétition. Dans un contexte d’incertitudes, beaucoup préfèrent une stabilité apparente à une véritable remise en question d’un système mortifère.

Dans cette perspective, la démocratie est affaiblie non seulement par nos institutions, mais aussi par une culture politique façonnée par la logique du marché. L’ensemble de ces éléments conduit à une critique plus globale : la démocratie française fonctionnerait surtout comme un système électoral, mais beaucoup moins comme un système de participation réelle. Les citoyens votent, oui, mais sous influence. Les décisions majeures (réformes, traités, politiques industrielles…) échappent souvent au débat public. Les contre-pouvoirs (médias, partis, syndicats, associations) sont affaiblis. Le pluralisme existe, mais dans un cadre idéologique étroit.

À Chartres, cela revient à voter éternellement pour des candidats soi-disant rassurants, comme Jean-Pierre Gorges ou Ladislas Vergne. La forme plutôt que le fond ! C’est pourtant leur idéologie commune qui amène les guerres, les pénuries, les pollutions, les maladies… Rassurants, vraiment ? À mes yeux, le seul programme capable de regarder l’avenir en face et de résister à l’affaissement de notre démocratie est celui de Chartres en Commun. Alors dimanche, votez bien.

Sylvain Desmaison